@KatasonovaMaria, la surprenante supportrice russe de Marine Le Pen #Marine2017 #Word4Marine

En visite en France, Maria Katasonova, 21 ans, endosse la panoplie parfaite de la groupie russe numéro un de Marine Le Pen. Mais depuis quelques mois seulement…

Cela fait quelques mois qu’elle endosse avec ferveur la panoplie de la groupie russe numéro un de Marine Le Pen. Le 6 mars, Maria Katasonova, 21 ans a lancé depuis Moscou le mouvement « Les femmes avec Marine Le Pen », hashtag … #Word4Marine (rien que ça). Vingt jours plus tard, elle accueillait en personne la candidate frontiste, en lui remettant 17 roses bleues sur les marches du Kremlin. Une séquence devenue virale, mais qui n’avait rien de spontané.

Filmée, puis soigneusement partagée sur les pages Facebook, Instagram et Twitter de la jeune activiste russe, cette rencontre a fait le tour des réseaux sociaux russes… et français.

Ce lundi, la jeune activiste russe a atterri en France pour un périple d’une semaine. « Je suis ici parce que de nombreux Français m’ont invitée », s’enorgueillit-elle sur Twitter, où, ultra-réactive, elle répond du tac au tac à chacune de nos questions. Elle nous dit qu’elle « a prévu de se rendre à certains événements politiques, mais aussi d’échanger avec des Français ordinaires ». Au programme de ce mardi par exemple, le Palais Bourbon.

Une soudaine lubie pour la présidente du FN

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle fait dans la vie, Maria Katasonova se présente comme une « personnalité politique » et nous explique sans plus de détails qu’elle travaille à la Douma, la chambre basse du Parlement russe. En réalité, elle y assiste le député ultra-nationaliste Evgeny Fedorov après avoir échoué à se faire élire, il y a un an, sous les couleurs du parti d’extrême droite Rodina [ie « mère-patrie »]. A cette époque, il y a un an à peine, la jeune russe fait campagne avec des t-shirts anti-Clinton, et n’a encore jamais mentionné Marine Le Pen sur Twitter.

Pourquoi donc cette soudaine lubie pour la présidente du Front national ? « Officiellement, j’ai enregistré cette vidéo de soutien il y a un mois », admet la jeune activiste. Avant d’ajouter cette étrange précision : « Mais j’ai commencé à suivre ses activités bien plus tôt, depuis plusieurs élections… » Sur les réseaux sociaux, son engouement pour la leader frontiste semble naître peu avant l’élection de Donald Trump, qu’elle soutient avec d’autres jeunes russes, au moyen notamment d’un triptyque fréquemment brandi en meeting (après un discours de Vladimir Poutine par exemple, sur la photo qui illustre cet article).

On y voit Vladimir Poutine, Donald Trump et Marine Le Pen, le visage spectaculairement rajeuni et nimbé d’un éclat un peu kitsch, façon icône religieuse. Ce tableau, nous raconte l’activiste pro-Kremlin, a été peint en 2015. Par qui ? On ne saura pas précisément, mais Maria Katasonova nous indique qu’il provient bien du collectif d’artistes patriotes « White Star », dont elle fait partie. « A ce moment-là, personne n’imaginait que Trump pouvait gagner », poursuit celle qui à un mois des élections françaises, a choisi d’apporter (empaquetée dans du papier bulle, post Instagram à l’appui) une reproduction de ce « triptyque prémonitoire » pour « l’offrir à Marine ».

Une autre reproduction en a déjà été offerte à Marion Maréchal Le Pen, indique Maria Katasonova sur Instagram.

Кажется, хитрые западные журналисты рассекретили очередную коварную провокацию КГБ под кодовым названием "Еврошатун". Как нам сообщает RTL France, Трампа русским оказалось мало, и рука Кремля направила свой перст на Францию. Статья под заголовком: "Россия намерена продвигать Ле Пен" гласит, что по данным генерального директората внешней безопасности минобороны Франции (DGSE), Россия собирается вмешаться в выборы президента, чтобы помочь лидеру «Национального фронта» Марин Ле Пен их выиграть. В DSGE уверены: Россия собирается поддерживать Марин Ле Пен в социальных сетях посредством ботов, которые будут создавать тысячи положительных записей или распространять данные и конфиденциальные e-mail ее оппонентов. http://www.rtl.fr/actu/politique/marine-le-pen-la-russie-pousserait-sa-candidature-selon-la-dgse-7787143387 🇷🇺🇫🇷Ну что ж, предлагаю не разочаровывать наших западных партнёров. Киберармия, вы готовы? 🙂 #Marine2017 #MarineLePen #MLP2017 #MLP

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Pour la jeune activiste, ce triptyque est « une vision d’avenir », le symbole d’une ère nationaliste qui s’ouvre. Dans son esprit, Donald Trump vient d’être élu, Marine Le Pen le sera en mai et  Vladimir Poutine sera reconduit en 2018. Et quand on l’interroge sur Marine Le Pen, Maria Katasonova prend son rôle de présidente des « Femmes avec Marine » très à cœur. Pour elle, la dirigeante frontiste est « la dirigeante la mieux capable d’empêcher la mort de l’Europe ». Car « après tout », assure la jeune russe, « Merkel et Hollande n’ont fait qu’affaiblir une Europe […] qu’ils n’arrivent pas à protéger de la menace terroriste ». Un discours rodé, qu’elle répète presque mot pour mot à qui veut l’entendre, ainsi qu’en témoigne le bref portrait que lui a consacré BFMTV en février, et qu’elle publie tel un trophée sur ses pages Facebook, Instagram ou Twitter.

Filmée en plan fixe, et sous-titrée en anglais et en français, la vidéo dans laquelle Maria Katasonova a lancé le 6 mars le mouvement « les femmes avec Marine » a été vue des milliers de fois.  Mais qui finance ce mouvement, et (par exemple) son déplacement en France cette semaine ? Dans une interview accordée à Quartz, l’activiste assure qu’elle agit sur son temps libre et avec ses économies. Et si elle voue une telle admiration à la candidate de l’extrême droite française, c’est, nous dit-elle, que « je crois qu’elle est la leader nationaliste de la France. Elle est unique, tout comme notre président. Mais ils ont en commun de défendre les intérêts nationaux de leurs pays et de leurs peuples ». Bon.

Sur Twitter, la jeune femme ne manque pas de retweeter les messages de soutien des supporters frontistes, comme par exemple lors du premier débat qui l’a opposé à ses rivaux à l’élection présidentielle. De nombreux autres internautes russes figurent d’ailleurs dans la liste des « retweeteurs » (ceux qui partagent ces tweets des militants frontistes).

Militante pour d’autres causes pro-Kremlin

Lubie éphémère ou soutien orchestré ? Car avant de devenir une fervente militante pro-Le Pen sur les réseaux sociaux, partageant allègrement les photos de jeunesse de la frontiste sur Twitter, la jeune russe Maria Katasonova a curieusement défendu bien d’autres causes pro-Kremlin ces dernières années. Un rapide survol de son compte Instagram montre qu’elle a aussi été (pèle-mêle) militante anti-Nemtsov, anti-Clinton, pro-Assad, ou encore virulente défenseuse des combattants pro-russes en Ukraine.

Le 20 janvier dernier, lors de l’investiture de Donald Trump, Vice raconte par exemple que Maria Katasonova et d’autres jeunes activistes se sont réunis autour de pierogis et de champagne low cost, à une encablure du Kremlin, pour live-tweeter l’événement. Plus tôt, Maria Katasonova a tour à tour battu le pavé moscovite pour s’afficher en tête de manifestations pro-Assad, et plus globalement pro-Poutine.

En fait, la notoriété de Maria Katasonova remonte à la crise en Ukraine, décrypte pour Broadly le politologue Yuri Krupnov. A l’époque, elle commençait à travailler avec Evgeny Fedorov (dont elle est à présent l’assistante parlementaire), et « de nombreuses photos de propagande, d’elle « campant la femme russe patriote et traditionnelle ont commencé à déferler sur le web et dans les journaux ».

Гуляем! С праздником Святой Троицы! 🌞

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Elle intervient également parfois sur les vidéos de propagande pro-russes des chaines YouTube « Donetsk Live » ou « Free Donbas ». Une vidéo d’elle a aussi beaucoup circulé à cette époque : vétue de fourrure blanche et armée, elle y souhaite un joyeux Noël aux internautes, avant… de devenir plus menaçante. « Si nous perdons la guerre en Ukraine, nous détruirons le monde », met-elle en garde.

« Maria est une fille très symbolique », explique le politologue Yuri Krupnov. « Comme il n’y a pas vraiment de compétition électorale en Russie, tout ce pathos est très ambigu ». La propagande prend alors des airs de show-business, et, poursuit-il, « il est alors très difficile de démêler le vrai du faux ».

Charlotte Cieslinski

tempsreel.nouvelobs.com

Charlotte Cieslinski

Journaliste

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